
e livre est un film de court-métrage et animé. Il met en scène un groupe de personnages en costume-cravate dont l’un au premier plan exhibe l’un des objets contondants les plus notoires de l’histoire moderne. Le pic à glace qui a tué Léon Trotsky il y a un peu plus de 66 ans. Le portrait de groupe reste figé, l’image fixe, de genre, avec des gueules de western urbain des années d’avant guerre. Le seul élément mouvant est la main qui montre l’arme blanche accrochée par une corde qui ressemble à un foulard chic, le bras se meut mais les regards restent arrimés à un point fixe situé derrière le spectateur, c’est-à-dire derrière nous. L’histoire aussi est datée mais elle est revenue dans l’actualité récente il y a un an car l’objet en question a refait surface d’une manière quasi prosaïque, la preuve matérielle de l’assassinat du célèbre révolutionnaire exilé est restée manquante tout ce temps. La fille de l’ex-commissaire de police impliqué dans l’enquête du meurtre et qui l’avait volé affirme détenir la pièce à conviction encore tachée du sang du fameux personnage. Et elle serait prête à le rendre contre récompense bien entendu. Exilé par Staline, Trotsky, réfugié dans la banlieue de Mexico City, a été finalement rattrapé par son destin en août 1940 quand un agent de la police secrète soviétique Ramon Mercader l’a agressé dans son bureau avec ce célèbre pic à glace dissimulé dans la poche de son imperméable en lui donnant par derrière, le coup de grâce. Le criminel et son objet tranchant furent emmenés au poste de police mais l’arme a disparu peu de temps après. Et ce ready made est de retour aussi pour Zbigniew Libera, artiste polonais de premier plan qui pour les besoins de son oeuvre a reconstitué quoique de façon apocryphe le groupe de gardes du corps et de policiers présents sur la scène du meurtre dont l’un porte haut le désormais célèbre pic à glace. Tout cela pour agréger du symbolique et du métaphorique de la façon la plus lucide et la plus concise, maligne, astucieuse et poignante comme une arme blanche. Un coup de maître.
Ami Barak. Paris
Zbigniew Libera
Trotsky’s ice-pick
Published January 2006
This entry was posted on Sunday, January 1st, 2006 at 5:51 pm and is filed under afterartnews. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.









